Datorie de onoare – Dette d’honneur

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Datorie de onoare – Dette d’honneur

J’emploie cette première „occasion”, pour exprimer – encore et ici – ce que je dois, en tant qu’homme et artiste peintre, à ma terre natale.

Tout le monde connaît ce titre d’un superbe tableau peint par l’immortel Gauguin: „D’où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?” Cette question en trois actes, sans doute chacun d’entre nous se l’est-il posée, peut-être plus souvent ceux comme moi, par rapport à ceux/celles qui n’ont pas connu l’exil. C’est-à-dire, qu’avons-nous emporté d’impérissable, qui demeure partie intégrante de notre individu?

Eh bien, en ce qui me concerne, je vais essayer de répondre ici, maintenant…
Tout d’abord, à partir de mon enfance et, à travers l’adolescence, l’amour, l’éducation, le savoir faire-et-vivre – à la „roumaine”- l’humour permis et encouragé (aussi à la roumaine), par mes parents exceptionnels qui m’ont éduqué dans un esprit de liberté, guidé par les principes de la tolérance et la dignité. Ensuite, le bagage intellectuel et artistique que j’ai accumulé autant à l’école secondaire qu’à l’Université des Beaux-Arts – section-peinture. Enseignement technique et professionnel rigoureux, qui m’a permis d’aborder beaucoup de diverses disciplines artistiques et m’a sauvé d’aucune „spécialisation-maniériste” (et répétitive) ultérieure, dont „souffrent” – hélas – beaucoup de peintres, surtout les illustrateurs. De même, j’ai suivi de sérieuses pratiques et culture musicale. Cette maîtrise m’a aidé à développer ma curiosité viscérale, mon goût du risque, mon ambition de vaincre les obstacles et repousser les limites.

En second lieu, mais se situant à un niveau plus profond, plus essentiel, même plus inconscient, il y a le bagage affectif, spirituel. Il s’agit là des influences indirectes qui peuvent se révéler – parfois – dans mes oeuvres, sans qu’il y ait une „préméditation” de ma part, tant elles se sont incorporées à ma propre nature, tant elles l’ont aussi – peut être – façonnée…

Mmmm…l’eau à la bouche, ma mémoire inhale les saveurs dont j’ai été nourri dans l’enfance, qui sont celles qui m’ont imprégné à jamais le palais,le goût, la sensibilité. De la nourriture spirituelle, donc?…Mais aussi concrète, en pensant aux superbes paysages, au climat..tout comme – dans un autre registre – aux poètes (les Roumains sont nés…vous le savez déjà), aux écrivains et peintres ou sculpteurs du „calibre” d’un Brancusi… Et ça commence à virevolter dans ma tête: en me souvenant de la sombre et violente mer Noire – au bord de laquelle je suis né, si différente des autres. Au mystère du Delta-du-Danube, qui cache un immense trésor vivant, mouvant , migrant…Aux montagnes de mes rêves, que j’aimais tant parcourir, en écoutant au passage le bruit des cascades, sirotant l’eau glacée des torrents…Respirant l’air frais et délicieusement parfumé des prairies…Je pense à l’émerveillement que m’ont procuré les architectures des vieux et „sombres” châteaux et palais royaux, surtout les Monastères incomparables, avec leurs murs couverts des plus belles fresques que j’ai jamais rencontrées…J’en passe sur les icônes sur verre, dont je suis toujours émerveillé et amoureux!…Mon Dieu, les tapis d’Olténie et les Portails du Maramures… Que dire des costumes populaires des paysannes et de l’envoûtante musique populaire, si étrange, raffinée dans son primitivisme, ses harmonies et dissonances inattendues, son rythme endiablé alterné avec la tristesse des „doine”…qui ont tant inspiré les meilleurs compositeurs roumains…OOOOhhh!…l’inoubliable voix de Maria Tànase et la Colonne de l’infini, laissée par l’immense Bràncusi, les envoûtantes histoires de Creangà, le théâtre satirique de Caragiale…les délicieux plats que préparait Rosalie, ma mère adorée…ciorbà de perișoare, mămăliguță, sărmăluțe…arrosées de bonnes gorgées de țuicà…Et, j’en oublie…
Alors c’est sans doute l’infinie richesse de ce patrimoine qui a imprégné mon enfance et ma jeunesse, et qui m’a permis – par la suite – d’être ouvert à d’autres influences, à d’autres cultures, coutumes, éclats artistiques, modes de vivre et – par conséquent – disponible pour d’autres rencontres, d’autres amours…